Depuis le début, Syntax se lit comme un programme. Ordre 1, 2, 3. Une forme, puis une autre, chacune avec sa conséquence. J’ai toujours dit : ce langage vient du BASIC, il s’exécute vraiment. C’était vrai. C’était même ma fierté.
Puis j’ai autorisé le trait. Une seule condition : qu’il coupe une forme fermée. Un cercle, un triangle, un carré. Jamais dans le vide.
Avec une limite. Le trait ne peut pas couper une forme instanciée. Une instance appartient à une classe, elle est liée aux autres. La trancher romprait ce lien, ou l’imposerait à toutes. Le trait ne coupe donc que le libre, ce qui n’appartient encore à aucune classe.
Et là quelque chose se déplace. Le trait n’arrive pas après. Il traverse ce qui est déjà posé. Ce n’est plus « ligne 10, ligne 20 ». C’est une relation dans l’espace, pas une étape dans le temps. Un code, au sens strict, ne sait pas faire ce geste sans coordonnées, sans détour.
Alors la question monte, et je préfère la laisser ouverte plutôt que de la refermer trop vite.
Est-ce que Syntax a besoin de rester traduisible en code ?
Je me demande si l’exécution n’était pas une peau. La forme héritée de mes onze ans, du VIC-20, de la première ligne tapée dans la cave. Une manière de me rassurer : tant que ça s’exécute, ça ne triche pas. Mais ce qui fait Syntax, est-ce vraiment la séquence ? Ou est-ce la règle – le fait que rien n’apparaisse sans raison ?
Le trait respecte la règle. Il n’existe que s’il coupe une forme, et jamais une forme liée à une classe. La contrainte reste entière. C’est seulement la lecture qui change : elle passe du temps à l’espace.
Reste la vraie interrogation, celle que je garde pour la fin parce que je n’ai pas la réponse.
Une œuvre Syntax doit-elle se lire sans avoir à la retraduire en code ? Si le regard sent qu’il y a un ordre, une logique, une intention réglée, même sans savoir décoder, alors le code n’était qu’un échafaudage. On peut le retirer.
Mais si je dois expliquer pour qu’on comprenne, alors je n’ai pas fait un langage. J’ai fait un dessin que je justifie.
Je ne sais pas encore de quel côté penche Syntax. C’est peut-être ça, le trait : le moment où le langage cesse de vouloir prouver qu’il est un code, et commence à se lire seul.