J’ai voulu faire le pont entre deux mondes que tout oppose en apparence : l’art numérique et l’art traditionnel. Pas une fusion, une traversée. Quelque chose qui existe dans les deux, sans appartenir complètement à aucun.Est-ce qu’une oeuvre numérique peut devenir physique sans perdre son identité ? Est-ce que la matière peut lui ajouter quelque chose que l’écran ne peut pas donner ?
Cryptofold repose sur trois états : dématérialiser, matérialiser, redématérialiser. Une oeuvre Syntax naît sur la blockchain, numérique, immatérielle, enregistrée. Personne ne peut la copier, personne ne peut la modifier. Elle existe, mais sans poids, sans texture, sans présence.
Le deuxième état, c’est le pli. Pas n’importe lequel. J’ai choisi l’origami comme un hommage à la culture japonaise qui a tant apporté au monde des ordinateurs et des consoles des années 80. Nintendo, Sony, Sharp, NEC, une partie de ma mémoire de développeur vient de là. Plier le papier selon cette tradition, c’est une façon de dire merci.
Tu imprimes l’oeuvre. Tu la tiens dans ta main. Tu la plies selon une séquence précise. À ce moment-là, quelque chose bascule : elle n’est plus sur un écran, elle occupe l’espace. Elle a une face, un dos, un volume. Elle peut tomber, être posée sur une table, tenue entre deux doigts.
Le troisième état est encore devant nous. Dans Shaller World, l’espace 3D que je construis, les deux figures attendent. Le cycle ne s’arrête pas au papier.
Le 5 octobre 2025, j’ai posé le premier pli.
Ce jour-là, la grenouille existait pour la première fois dans la matière. Avant ça, elle n’était qu’une figure sur un écran.
Créer la grenouille en origami n’a pas été immédiat. J’ai commencé par des esquisses, en cherchant comment les formes Syntax pouvaient se plier sans perdre leur lisibilité. Chaque forme, chaque couleur obéit à une règle. La question était de savoir si cette grammaire survivait au pliage, ou si elle disparaissait dans la manipulation.
J’ai testé plusieurs séquences. Certaines écrasaient les formes au mauvais endroit, d’autres les faisaient disparaître dans un creux. Il fallait que le résultat soit à la fois reconnaissable et lisible comme oeuvre Syntax. Deux contraintes qui ne vont pas naturellement ensemble.
La solution est venue d’une contrainte transformée en choix : certains éléments ne sont visibles qu’une fois le pliage achevé.
J’ai choisi la grenouille délibérément. Elle porte une référence que ceux qui la connaissent reconnaîtront : Pepe. Mais les yeux et la texture du dos ne deviennent visibles qu’une fois le geste accompli. Révélés par le pli, pas par l’image.
Aujourd’hui sur cryptofold.art, le plan de pliage est accessible en vidéo. Tu peux suivre le geste, étape par étape, et reproduire l’objet chez toi.
Demain, dans Shaller World, elle reprendra vie. Troisième état. Redématérialisées.
L’oeuvre n’est pas terminée. Elle ne le sera peut-être jamais.